Conseil municipal de Vannes du 24 septembre 2018 – Adhésion au dispositif “Action Coeur de Ville”

Intervention de Simon Uzenat pour le groupe municipal “L’ALTERNANCE”

Monsieur le Maire,
Chers Collègues,

Alors que de nombreux défis comme la mixité sociale, le renouvellement urbain, l’équilibre commercial ou la réduction de notre empreinte écologique – qui passera notamment par une profonde transformation des stratégies de mobilité – réaffirment l’importance des centralités des villes moyennes et de leur agglomération, nous ne pouvons bien évidemment que souscrire à la démarche générale qui vise à les redynamiser. D’autant plus qu’elle s’inscrit dans une méthode beaucoup plus concertée et déconcentrée, à défaut d’être véritablement décentralisée, que celle qui a été retenue pour la contractualisation financière.

Dans le contexte budgétaire extrêmement contraint que notre ville connaît depuis plusieurs années, ce dispositif permettra en outre d’aller chercher des recettes supplémentaires et, par conséquent, de ne pas augmenter les impôts locaux comme vous l’avez fait à deux reprises au début de ce mandat. Pour toutes ces raisons, nous approuverons ce bordereau, même si nous restons dubitatifs sur la formule retenue pour les concours de l’État, je cite : « L’État s’engage à étudier le possible co-financement des actions qui seraient éligibles aux dotations et crédits de l’État disponibles ». En résumé, un co-financement facultatif, une éligibilité hypothétique et des disponibilités financières incertaines…

Nous avons toutefois constaté un oubli ou une erreur à la fin de l’article 5, page 12, portant sur les modalités d’adoption des actions complémentaires. Je cite : « Après analyse de la proposition d’action, au regard… » et la phrase s’arrête brutalement. Pourriez-vous nous en préciser la conclusion avant que nous délibérions formellement ?

Quoi qu’il en soit, nous avons pris acte de la nécessité de prendre position avant le 30 septembre, raison d’être de ce conseil exceptionnel, conformément au calendrier de l’instruction gouvernementale d’avril dernier. Nous avons également noté que le projet urbain d’ensemble du cœur de ville sera précisé pendant l’étape d’initialisation au cours des dix-huit prochains mois car, pour l’instant, la liste à la Prévert d’études et de projets, pour la quasi-totalité déjà annoncés voire lancés depuis plusieurs mois ne dessine pas une vision globale et une perspective à long terme pour notre centre-ville. Par ailleurs, l’absence de traitement ambitieux des thématiques transversales, comme l’animation du cœur de ville ou la transition énergétique et écologique interroge pour le moins. Pourquoi le Plan Climat Air Énergie Territorial n’est-il même pas cité ? Nous invitons enfin à la plus grande prudence quant aux montants annoncés et aux effets d’annonce : sur les 5,3 millions d’euros d’actions complémentaires, près de 70% ont d’ores et déjà été effectivement dépensés et sur les 9,3 millions d’actions matures, les crédits, déjà programmés, pour le confortement de la chapelle Saint-Yves et des ouvrages d’art des jardins des douves représentent à eux seuls 84% des inscriptions budgétaires…

En tout état de cause, ce bordereau constitue une nouvelle preuve que la situation du centre-ville vannetais est loin d’être aussi idyllique que certains s’échinent à le faire croire.

Sur le plan démographique et social, la diminution significative du nombre d’habitants dans les quartiers centraux représente un signal inquiétant sur lequel nous vous avons pourtant alerté depuis plusieurs années. Entre 2004 et 2014, le nombre de logements vacants y a plus que doublé, passant de 10% à 22%. Contrairement à ce qui est écrit dans la convention, la vacance de logements n’en est pas la cause ; il ne s’agit que d’un symptôme d’une désaffection ancienne pour une centralité qui ne répond plus aux attentes et aux usages du monde d’aujourd’hui, sur fond de hausse des prix de l’immobilier accélérée par vos choix politiques.

En décembre 2016, lors de l’arrêt du nouveau PLU, nous avions rappelé que notre ville comptait plus de 2500 logements vacants, soit 8,4%, avec une accélération très notable entre 2006 et 2011, avec la mise sur le marché de produits standardisés et spéculatifs, essentiellement des petits logements, qui ne répondaient pas aux besoins. Vous aviez à l’époque contesté notre lecture mais la fiche action qui nous a été transmise pour la séance de ce soir évoque un chiffre encore plus élevé pour 2014, à savoir 9,5% de logements vacants : près d’1 logement sur 10 est donc vacant à Vannes ! Alors que le centre-ville et le quartier de la gare représentent à eux seuls près de 60% de la vacance urbaine, nous plaidons pour un périmètre de l’Opération de Revitalisation de Territoire (O.R.T.) s’étendant jusqu’à la gare.

Sur ce sujet, la préoccupation des élus ne doit pas être d’identifier des clientèles potentielles mais de tout mettre en œuvre pour garantir cette diversité sociale et générationnelle indispensable à la vitalité de notre centre-ville. Outre l’accessibilité, la fonctionnalité et la taille des logements, il est donc urgent de prendre enfin en compte la question du coût pour les ménages, alors que nous venons d’apprendre que la parcelle de l’ancien GRETA a été vendue 5 millions d’euros à l’EPFB ; en y ajoutant les frais de déconstruction, de rénovation et de construction, on imagine aisément les tarifs de sortie et leur impact direct sur les prix de l’immobilier à l’échelle de notre ville… Plus que jamais, la ville doit mobiliser tous les outils de régulation et faire preuve de volontarisme, notamment en acceptant, en échange de contreparties sociales, de ne pas vendre au plus offrant, car il n’y a pas de fatalité en la matière. Cela devra aussi passer, nous le redisons, par la révision de votre politique en matière de logement social : exonérer les opérations de moins de 20 logements du quota de logements sociaux, alors que l’essentiel des opérations en centre-ville sera inférieur à ce seuil, est un non-sens et une faute pour l’avenir de notre cœur urbain.

Le déménagement de la maison des associations sans équipement alternatif pour les habitants du quartier, la fermeture du bureau du Poste de Saint-Patern que vous avez cautionnée dans la plus totale opacité, le départ des administrations vers les quartiers périphériques, tout cela ne permet par ailleurs pas d’évoquer une amélioration des services à la population et de la vitalité commerciale, comme vous l’écrivez. C’est même tout le contraire.

Au plan commercial, la politique d’agrandissement démesuré des zones périphériques que vous avez soutenue pendant des années a produit des effets dont nous payerons encore longtemps les conséquences économiques et environnementales : déséquilibre commercial, engorgement automobile, infrastructures inadaptées… Le départ de la CPAM et des dernières administrations aura, quant à lui, de lourdes conséquences sur les commerces du centre-ville. Tous les acteurs concernés le savent depuis longtemps. Pourtant, vous avez refusé au début du mandat notre proposition de solliciter Foncier de Bretagne pour accompagner une vaste requalification de cet îlot stratégique autour du Palais des Arts avec une fonction Congrès renforcée qui, avec le futur Pôle d’Échanges Multimodal et la transformation du Boulevard de la Paix grâce aux TCSP, a vocation à s’affirmer comme le centre névralgique de notre territoire. Une deuxième raison pour laquelle nous souhaitons que le périmètre de la future ORT intègre, outre le secteur sauvegardé, l’espace compris entre l’Hôtel de ville et l’actuelle gare.

En matière de mobilités alternatives à la voiture, ce bordereau illustre une nouvelle fois le retard colossal qu’accuse notre ville. Avec plus de quinze ans de retard, nous en sommes encore au stade des études pour dessiner des voies réservées aux bus ou prendre en compte les questions de continuité et de sécurité pour les itinéraires cyclables… Nous payons là l’inertie de la majorité vannetaise, dont, faut-il le rappeler, vous êtes membre de l’exécutif depuis 10 ans et maire depuis plus de sept… Au passage, pourquoi le Plan de Déplacements Urbains n’est-il même pas cité à l’article 6 concernant le diagnostic ?

Vous vous doutez probablement que nous ne partageons pas toutes vos analyses sur l’existant, notamment lorsque vous laissez entendre que le réaménagement de la place Gambetta, avec des barrières pour simplifier la circulation des voitures, aurait permis, je cite, de donner « plus de place et une meilleure place aux piétons, aux vélos et aux transports en commun ». On a le droit d’avoir de l’humour mais il ne faut tout de même pas pousser le bouchon trop loin !

De la même façon, devons-nous y voir la réalité de vos intentions et de vos priorités quand vous évoquez, au sujet de l’amélioration de la gestion du stationnement en faveur de l’activité économique et du commerce, qu’il y aura, je cite, « sans doute des comptages piétons, peut-être des mesures de la pollution de l’air et des nuisances sonores », laissant penser une nouvelle fois que l’environnement et la santé environnementale seront des variables d’ajustement ? La qualité de l’air et le bruit figurent aujourd’hui au rang des préoccupations quotidiennes de nos concitoyens et il est d’autant plus impératif de prendre objectivement en compte ces données que nous devons mettre en œuvre une stratégie de densification urbaine, en particulier dans le centre-ville. Cette dernière ne sera acceptable et acceptée que si elle s’accompagne d’un cadre de vie très qualitatif avec des espaces publics végétalisés et non-éphémères, des endroits où les habitants pourront respirer un air sain, des lieux de convivialité où le tumulte de la vie citadine ne les assaillira pas en permanence.

Même si nous ne pouvons que nous en féliciter, après nos alertes répétées et nos propositions que vous n’avez jamais voulu entendre, pourquoi avoir attendu aussi longtemps, vous qui êtes maire depuis plus de sept ans, pour engager une étude sur la remise à niveau des infrastructures pour la pratique du vélo ? Vous listez les nombreux avantages de ce moyen de déplacement pour l’environnement et la santé et vous annoncez vouloir gommer les freins à son usage, pourtant identifiés depuis longtemps, y compris les nombreux points noirs qui suscitent de l’inquiétude même chez les cyclistes les plus aguerris. Si la proximité d’une échéance électorale peut provoquer une telle prise de conscience, tant mieux, mais que de temps perdu !

En matière de culture et de patrimoine, nous espérons que le projet de redynamisation du cœur de ville permettra de combler le vide stratégique que nous observons depuis le début du mandat. Toujours pas de direction des affaires culturelles alors que vous aviez annoncé y remédier il y a plus de deux ans ; une étude de programmation du Musée de la Cohue va être lancée après trois ans d’atermoiements ; la destination de l’Hôtel de Limur n’est toujours pas arrêtée alors que la ville a investi plusieurs millions d’euros dans une rénovation qui s’est achevée il y a huit ans… Vous nous permettrez donc de sourire quand il est écrit dans le préambule de la convention, je cite, qu’« il n’y a préservation du patrimoine – et donc acceptation des efforts que celle-ci demande – que si elle fait sens » : force est de constater que le sens est dramatiquement absent. Il n’y a pas de cap culturel, l’argent est dépensé avant de réfléchir aux destinations des bâtiments, des promesses de campagne sont reniées…

Pour notre part, nous regrettons que le futur CIAP ne soit pas au cœur de l’intra-muros car c’est la localisation qui faisait le plus sens au plan patrimonial et au plan commercial. Nous avons été également étonnés, dans la convention proprement dite et dans la fiche action correspondante, de l’absence totale de lien avec la démarche « Ville d’Art et d’Histoire »… Toujours en cohérence avec le périmètre élargi de la future ORT que nous appelons de nos vœux, nous souhaiterions que l’avenir de la médiathèque centrale  hébergée au Palais des Arts – en l’occurrence son déménagement, comme nous l’avons régulièrement demandé, par exemple sur le site de la rue de la Loi –, soit pris en compte. D’une façon générale, mais a fortioriavec les nouveaux équipements qui ont vu le jour à Ménimur et à Beaupré et avec les nouveaux usages qui se développent, nous ne pouvons plus nous satisfaire des locaux actuels pour une médiathèque de cette importance. Concernant l’îlot Petit Fers, nous regrettons une nouvelle fois que vous n’ayez pas donné suite à notre proposition de racheter ce bâtiment emblématique de notre ville qui aurait pu idéalement y accueillir une friche culturelle, durable cette fois-ci, d’autant plus que les propriétaires s’étaient montrés particulièrement conciliants sur le prix de vente. Nous aurions ainsi eu l’opportunité d’engager efficacement la requalification de cet espace important pour rééquilibrer les activités par rapport au Port.

Enfin, en matière de concertation, il serait souhaitable qu’un vote favorable ce soir ne soit pas entendu comme un blanc-seing pour la suite. Préalablement à la signature de l’avenant, nous demandons que l’avancement de l’élaboration du projet de redynamisation du cœur de ville donne lieu au minimum à un débat ouvert en commission extra-municipale du commerce, en conseil de quartier centre-ville et bien évidemment en conseil municipal. Nous souhaiterions que cette même méthode prévale pour la gestion évolutive du plan d’actions et son évaluation, même s’il reviendra sans doute, au regard du calendrier prévu, à la prochaine majorité municipale d’en décider. Je vous remercie.

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