Parc Naturel du Golfe du Morbihan

St Armel 2

C’est pour bientôt et c’est pas trop tôt !

Par Cécile Franchet

Les Parcs Naturels Régionaux ont pour objectif de concilier la préservation du patrimoine bâti et naturel avec un développement économique et urbain maitrisé du territoire. Il n’y a qu’un seul Parc Naturel Régional en Bretagne : le parc d’Armorique créé en 1969. Deux sont en projet : le parc naturel régional de la Rance Côte d’Emeraude et celui du Golfe du Morbihan.
Le Golfe du Morbihan recèle des richesses patrimoniales exceptionnelles avec une grande diversité de paysages, un intérêt écologique majeur lié à la diversité des milieux naturels et un patrimoine culturel important et diversifié. Le rôle du Parc Naturel Régional est justement de recenser ces richesses, de les faire connaître, les répertorier, les protéger, les mettre en valeur, en faire des atouts de qualité de vie, de développement touristique et économique harmonieux.
Notre territoire au développement économique rapide offre également un cadre de vie de qualité qui attire de nombreux habitants et touristes. La population a presque doublé en quarante ans et la superficie du territoire urbanisé a été multipliée par huit. La pression foncière renforcée par le littoral et une augmentation de la demande entrainent inévitablement le développement de l’habitat dans les secteurs périurbains. Cela a pour conséquence une pression sur les terres agricoles et les espaces naturels, une augmentation du trafic routier, et une augmentation de la consommation d’énergie. La nécessité de trouver un équilibre entre toutes les activités et les usages sur un territoire aussi sensible s’impose.
Ceci s’avère indispensable sur un territoire où cinq communes seulement disposent d’un Agenda 21.
La ville de Vannes n’a même pas de Plan Climat Energie Territorial.

Pourtant ce projet de création Parc naturel Régional est engagé par des élus et des acteurs locaux depuis 1994. Si ce projet est plébiscité par ses habitants (90 % des participants à l’enquête publique de 2010 soutiennent la démarche du PNR), et porté par des élus locaux départementaux et régionaux, il est aussi repoussé par des élus qui justifient leur position par la crainte de perdre leur liberté d’urbaniser librement leur territoire.
Malgré un avis favorable de la commission d’enquête, la dernière étape avant la demande de classement du PNR a été fatale. Le refus de délibérer de Vannes Agglo sur son adhésion à la charte du PNR a condamné le projet en 2010. La question de la maîtrise de l’urbanisme a constitué la pierre d’achoppement engendrant tensions et retards répétés au cours de la procédure d’élaboration. Les outils proposés dans le projet de charte (la commission urbanisme, et l’observatoire du foncier) permettent de rendre compatible les prévisions de croissance démographique, la gestion économe de l’espace et la préservation des remarquables ressources naturelles du Golfe du Morbihan. Le projet est remis en route en 2012. Les points bloquants ont été analysés et des modifications ont été apportées à la charte du Parc. Les 38 communes, le Département du Morbihan, les communautés de communes qui composent le territoire du futur Parc ont été saisis par la Région Bretagne afin qu’ils se prononcent avant le 31 décembre 2013 sur leur adhésion à la Charte du Parc. Par son refus d’approuver cette charte, une commune ou un EPCI peut créer une discontinuité dans le territoire et remettre ainsi en question la cohérence du périmètre. Or, cette cohérence est un des critères du classement en Parc Naturel Régional. Plus large est l’engagement des collectivités et plus grande est la chance de voir aboutir le projet. Sur les 45 collectivités consultées (38 communes, 6 EPCI et le conseil général du Morbihan), 37 ont approuvé la charte, et parmi elles 30 communes qui représentent plus de 91 % de la population du territoire du projet de parc Le Conseil National de Protection de la Nature donnera son avis sur le projet de parc naturel régional du golfe du Morbihan en juillet 2014.

La création du Parc Naturel Régional sur ce territoire spécifique du Golfe du Morbihan prend du temps. La difficulté à convaincre de nombreux partenaires du bien-fondé de la Charte du Parc l’explique en partie. La difficulté de concilier les objectifs de protection de l’environnement et de développement d’un territoire habité aussi. Unir l’engagement des communes et des partenaires locaux de la Région et de l’Etat autour d’un projet élaboré et partagé avec l’ensemble des acteurs est ambitieux. La gestion du futur Parc et son fonctionnement, la capacité du syndicat mixte de gestion à animer une démarche concertée et ses moyens humains techniques et financiers seront déterminants pour mettre en œoeuvre le projet de territoire présenté dans la charte, d’autant que le budget proposé pour le syndicat de gestion (1,3 millions assuré par l’ensemble des partenaires du projet) est bien plus faible que le budget moyen de tous les parcs régionaux (2,6 millions).

Pourtant le travail réalisé actuellement par le SIAGM est considérable et précieux pour notre territoire. En comparaison avec le tunnel de Kérino (2,6 millions d’euros par an pendant 28 ans assurés par la seule ville de Vannes et 14 millions de subventions versées en début de chantier) le budget du parc est dérisoire.

Le second problème est le refus d’adhésion de 8 communes. Le Conseil Economique Social et Environnemental de Bretagne (CESER) dans son avis précise que les 8 communes non signataires se trouvent dans des territoires représentatifs de la biodiversité et du patrimoine remarquable du Golfe du Morbihan. Baden, Plougoumelen et Le Bono qui ont refusé d’adhérer au PNR sont dans le sous-bassin versant du Loc’h et du Sal. Le classement en A de la qualité des eaux du Golfe est toujours sur le fil du rasoir. Ce sous-bassin versant est justement l’un des plus problématiques, un frein réel pour atteindre les objectifs de préservation de la ressource en eau fixés dans la charte…

La décision finale sera prise par décret du Premier ministre au cours de cet été 2014…

Il a fallut attendre 20 ans pour que le projet d’un Parc Naturel Régional autour du Golfe du Morbihan arrive à voir le jour, tandis que le projet et le budget ont été peu à peu réduits pour satisfaire une majorité des décideurs politiques. Cela fait beaucoup d’hypocrisies autour de notre hippocampe, symbole du Parc Naturel du Golfe du Morbihan : il ne suffit pas d’avoir un label, il faudra coordonner les acteurs du territoire pour faire vivre ce parc, et porter des politiques à la hauteur des enjeux de préservation et de valorisation.
C’est là toute notre ambition.

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