Schéma local de sécurité et de prévention de la délinquance : trop peu, trop tard

Conseil municipal du 4 février 2019 – Bordereau n°2

Intervention de Christian Le Moigne au nom du groupe “L’ALTERNANCE”

Monsieur le Maire,
Chers Collègues,

À la lecture du bordereau de présentation et de la description idyllique de notre ville en matière de sécurité, un observateur extérieur pourrait presque s’interroger sur l’utilité d’une telle délibération… Ainsi, tout irait bien dans le meilleur des mondes, je vous cite : « un taux de délinquance nettement inférieur à la moyenne des villes de taille comparable, la qualité d’un lien social préservé, un dynamisme économique, un diagnostic globalement positif ». N’en jetez plus, la coupe est pleine ! 

Nous ne partageons bien évidemment pas cette présentation enjolivée et nous imaginons que beaucoup d’habitants de Kercado, de Ménimur, du square du Morbihan, de Rohan ou de la Bourdonnaye pour ne citer qu’eux, ne se reconnaîtront dans ce tableau bien éloigné de leurs réalités. Plusieurs articles parus ces derniers jours le rappellent d’ailleurs.

Depuis 2014, nous vous avons interpellé à chaque conseil sur la nécessité de doter notre ville d’une approche globale, forte et rigoureuse pour garantir la sécurité et prévenir la délinquance dans tous les quartiers, le dernier contrat local de sécurité étant arrivé à échéance en 2009. Alors que les tensions urbaines, les actes de délinquance et les incivilités se multipliaient sur fond de croissance des trafics de stupéfiants, que la situation sociale de beaucoup d’habitants et de familles se dégradait, vous avez fait la sourde oreille à notre demande. Alors que la précédente contractualisation a expiré il y a dix ans, vous vous réveillez subitement en évoquant, je vous cite, « la nécessité de donner une nouvelle impulsion », et tout cela un an avant les élections municipales ! Pour nous, la sécurité et la tranquillité publique des Vannetais sont des sujets beaucoup trop graves pour les négliger ou pour en faire des objets électoraux bien identifiés.

Le schéma local que vous nous proposez, et qui n’est plus un contrat, illustre sur la forme et sur le fond l’insuffisance de la prise en compte de la réalité de la situation sécuritaire à Vannes. Une forme de déni et d’inertie qui a contribué, ces dernières années, à ce que des phénomènes lourds de conséquences s’enkystent.

Affirmation que la délinquance est bien moindre à Vannes mais aucun chiffre pour comparer. Vannes est devenue la plaque tournante de la drogue pour la Bretagne et même au-delà et cela ne générerait pas de délinquance supplémentaire ? Ce n’est ni conforme au ressenti des habitants ni aux témoignages étayés des représentants des forces de police et de justice.

À cet égard, nous regrettons la faiblesse du diagnostic local et une forme d’opacité : aucune comparaison par rapport à des territoires équivalents, confusion entre le périmètre de la 1èrecirconscription qui ne concerne que Vannes et celui de la Direction Départementale de la Sécurité Publique, vous évoquez les tendances depuis 2007 et les chiffres de 2018 mais les seules données transmises et vérifiables concernent les années 2015, 2016 et 2017 et encore ne sont-elles pas toutes complètes… Il faudra d’ailleurs penser à corriger plusieurs titres qui ne correspondent pas aux tableaux fournis.

Sur ces trois ans, nous notons ainsi une augmentation continue des faits constatés, de +5,5%, et une forte hausse de 12,4% des atteintes à l’intégrité physique, de 66,2% des escroqueries et infractions économiques et financières. Hausse également de 11% des vols d’automobiles et de deux roues, et de 15% des vols à la roulotte et à la tire. Nous ne pouvons également pas passer sous silence le bond de 46% du taux de délinquance juvénile en 2018. Quant à la baisse annoncée des infractions liées aux stupéfiants entre 2015 et 2017, elle ne peut que susciter de légitimes interrogations lorsque l’on connaît l’évolution des trafics sur notre ville.

Concernant la vidéosurveillance, vous écrivez, je vous cite, que « le bilan est très positif et qu’une baisse de la délinquance de 27% a été constatée sur l’ensemble de la circonscription » mais aucune étude détaillée ne nous est fournie alors même que nous savons que des statistiques détaillées existent. Nous pouvons d’autant moins nous satisfaire de cette déclaration péremptoire que les chiffres de la délinquance montrent bien une hausse des faits entre 2015 et 2017. Vous affirmez également qu’il n’y a pas d’« effet report » alors que nous avons tous pu mesurer ce report : songeons par exemple au déplacement du trafic de drogue à Ménimur après l’installation des caméras rue Sonia Delaunay…

Quant au plan d’actions, à l’élaboration duquel les élus municipaux n’ont, une nouvelle fois, jamais été associés, il additionne des mesures sans vrai fil conducteur et dont une part significative est déjà mise en œuvre… Sans compter les formulations qui laissent dubitatifs, comme pour l’action 8, je cite : « la prise en compte des difficultés de tranquillité publique suppose l’association des habitants afin d’associer la population à la politique de sécurité »…

S’agissant de la meilleure coordination entre Police nationale et police municipale, que nous réclamons avec insistance depuis le début du mandat, nous vous demandons une nouvelle fois de transmettre aux conseillers municipaux la convention de coordination signée le 1erjuin 2015 et que vous avez jusqu’à présent toujours refusé de nous communiquer.

Pour notre part, nous aurions notamment souhaité un axe entièrement dédié à la lutte contre les trafics de stupéfiants, tant les enjeux sont immenses. Nous aurions également souhaité une fiche action consacrée au renforcement des moyens humains de la police municipale et de la redéfinition de ses interventions pour garantir, notamment, sa présence continue, à terme, à Ménimur et Kercado. Nous aurions également souhaité que le tissu associatif soit pleinement associé à la démarche et présent dans le plan d’actions. Nous aurions enfin souhaité que les critères d’évaluation soient beaucoup plus précis : « le sentiment d’insécurité » pour l’action 1 ou encore « les constats des publics lors des réunions de quartiers » ne nous paraissent pas des indicateurs objectifs. Il aurait également été pertinent de fournir les chiffres de 2018 pour permettre une évaluation annuelle. 

Pour toutes ces raisons, problèmes de méthode, faiblesse des ambitions et des moyens, mobilisation insuffisante des acteurs, nous nous abstiendrons sur ce bordereau.

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